De la Tendance à l'Éco-Responsabilité : faire appel à un.e Architecte d'Intérieur pour une déco plus durable

Aujourd’hui, on plonge dans l’univers de la décoration éco-responsable en compagnie de Coralie Vasseur, dotée d’une volonté sans faille pour verdir nos intérieurs. En tant que décoratrice et architecte d’intérieur, elle incarne la fusion parfaite entre passion et action, façonnant des espaces esthétiques et plus durables depuis une décennie.

Coralie ne se contente pas de pratiquer son métier avec excellence, elle le réinvente.

Architecte d'intérieur
Coralie Vasseur - Architecte d'intérieur

Fondatrice du blog La Déco Responsable et hôte du podcast inspirant My Greenterior, elle sensibilise ses pairs aux enjeux de la décoration éthique, en distillant conseils et bonnes pratiques pour créer des intérieurs écologiques. En créant le think tank des green designers de l’Union Francophone des Décorateurs et architectes d’Intérieur, elle s’est engagée pleinement à transformer son industrie.

J’ai la joie de lui poser mes questions pour mieux comprendre les rouages essentiels de son métier et les défis à relever pour une approche responsable de l’aménagement intérieur.

Partie 1 : Les bases du métier d’architecte

Reprenons la base, qu’est-ce qu’un architecte et quel est son rôle ?

Alors, ce qu’il faut comprendre, c’est qu’à la base, le métier d’architecte comprenait à la fois la création du bâtiment, des espaces intérieurs et de la décoration.

Aujourd’hui, ce métier est découpé en trois :

  • L’architecte (Diplômé Par Le Gouvernement, Diplôme d’Etat, Habilitation à la Maîtrise d’Oeuvre en Nom Propre) s’occupe de dessiner des bâtiments ou des extensions, et de faire le chiffrage travaux et suivi de chantier la plupart du temps. On parle de chantiers de gros œuvre. Il touche à la structure, et peut aussi intervenir sur des chantiers plus petits comme lorsqu’on souhaite casser un mur porteur dans une maison : de par sa compétence, il donne son aval sur la faisabilité.
  • L’architecte d’intérieur s’occupe de transformer des espaces existants. Il bouge des cloisons, redistribue les espaces et les fonctions d’un intérieur. Il aménage des salles de bains, des cuisines et autres pièces, ce sont des agencements sur mesure. Certains font également du suivi de chantier, on est plus sur des métiers de second œuvre dans ces cas-là.
  • Et pour finir, le décorateur d’intérieur intervient en aval de ces deux premiers, pour sublimer des espaces définis. Il vient créer une ambiance par le choix des matériaux, les couleurs, le mobilier, l’éclairage et les accessoires pour mettre en valeur un espace existant sans en redéfinir les limites. Il n’est pas rare qu’un professionnel soit à la fois archi d’intérieur et décorateur. C’est mon cas 🙂.
Architecte d'intérieur

Tu as déjà répondu à ma prochaine question, c’est super ! J’entends aussi souvent parler de maîtrise d’ouvrage, de maîtrise d'œuvre… tu peux m’éclairer ?

Oui, pour finir sur les notions de maîtrise d’œuvre et d’ouvrage, il faut bien distinguer les choses :

  • le maître d’ouvrage est le client, le commanditaire ;
  • le maître d’œuvre est celui qui va coordonner les travaux avec les différents corps de métiers.

C’est important de ne pas confondre ces termes.

Partie 2 : Se faire accompagner par un architecte d’intérieur éco-responsable

Est-ce que tout le monde peut faire appel à un architecte d’intérieur ? J’ai l’impression que c’est souvent une expertise dédiée aux entreprises ou aux projets d’envergure.

Oui tout le monde peut le faire ! Il faut bien sûr avoir un peu de budget à consacrer à son projet, mais c’est souvent un investissement, dans le sens où cela évite bien des déconvenues, à commencer par les erreurs de choix (chacun son métier, comme on dit).

Disons que les entreprises savent que leur valeur ajoutée est sur leur cœur de métier et ne s’encombrent généralement pas de missions où elles sont incompétentes, alors que le particulier qui a généralement moins de moyens (ou beaucoup d’égo, haha !) va plus facilement s’en passer.

C’est comme pour l’artisan. Jamais un directeur commercial ne repeindra la salle de réunion, alors que l’on a tous déjà fait de la peinture chez nous.

Dans quel cas, puis-je faire appel à un architecte d’intérieur (projet de construction / rénovation) ? A-t-il un rôle de conseiller, décisionnaire, les deux ?

Dans le cadre d’une construction,

  • soit le client passe par un architecte, et alors il y a peu d’intérêt de faire appel tout de suite à un architecte d’intérieur ;
  • soit il passe par un promoteur, et auquel cas ce n’est pas rare que le client veuille optimiser les plans prédéfinis pour son mode de vie.

J’ai souvent des clients qui m’appellent en me demandant mon avis, car ils coincent sur des détails : ces plans sont faits pour convenir à tout le monde et à personne à la fois, ce qui mérite régulièrement des petits ajustements avant que le chantier ne démarre.

On est alors sur un rôle de conseil, mais le client reste toujours décisionnaire final de son chantier.

Sur de la rénovation, c’est un peu différent, car le projet peut mériter beaucoup plus de modifications. Selon les profils de clients et d’architectes d’intérieur, le degré de décision accordé au professionnel peut varier.

C’est par exemple plus courant de “refiler le bébé” à un archi d’intérieur sur place lorsque l’on achète une résidence secondaire à l’étranger.

Quel est l’intérêt à se faire accompagner pour l’aménagement et la déco de son bercail ?

D’abord, pour éviter les erreurs ! Les particuliers se font inonder de tendances et ne savent généralement pas par quel bout prendre les choses. Ils pensent que la dernière mode va forcément aller chez eux s’ils la dupliquent comme dans le magasin ou le magazine… Bref, une fois chez eux, ils se rendent compte de l’incohérence et ils ne savent pas comment y remédier.

C’est donc aussi un gain financier, c’est ce que j’appelle le coût de l’erreur : “acheter puis refaire, car cela ne convient pas”. Les erreurs coûtent cher, tant pour le porte-monnaie que pour la planète !

Se faire accompagner dès le départ permet de cadrer son projet et de bien définir ses attentes, envies, goûts, mode de vie, etc. Les clients peuvent plus facilement se projeter, grâce aux livrables comme les plans et la 3D photoréaliste, et avant même de mettre le premier coup de peinture sur leur mur, ils savent déjà à quoi cela va ressembler.

Budget pour un architecte d'intérieur

C’est rassurant pour eux et le budget est également défini, tant sur la partie travaux que déco, car on n’est pas dans de l’achat impulsif, mais raisonné sur le long terme.

Autre avantage, le client accède, grâce au professionnel, à des produits, matériaux, innovations qu’il n’aurait pas trouvé par lui-même. Le métier est un travail de veille constante, qui permet de proposer des choses souvent inconnues du grand public. Les choix deviennent alors à l’image du client, et non pas des choix par élimination ou par dépit.

C’est très clair, merci ! Et quels conseils donnerais-tu pour bien choisir son architecte d’intérieur ? Pour être sûr qu’il comprend bien mon intention d’éco-responsabilité ?

On dit souvent que chaque architecte d’intérieur ou décorateur a “sa patte”. Il existe autant de styles et de fonctionnements que de professionnels. C’est souvent par là que les premières recherches se font du côté du client : est-ce que le portfolio de ce professionnel me parle et me plaît ?

Ensuite, c’est le mode de fonctionnement : on arrive assez vite à comprendre le processus via le site ou un premier échange, pour savoir si l’on est prêt à entrer dans ce processus ou dans un autre selon les prestations proposées.

Et bien sûr, l’humain fait partie intégrante de la décision : si le feeling n’y est pas, rien ne sert de signer même si le portfolio est très beau. En tant qu’architecte d’intérieur, on entre dans l’intimité de nos clients en les questionnant énormément sur leur mode de vie. Si le courant ne passe pas, cela peut être vite désagréable et malaisant de confier les aspects de sa vie privée à quelqu’un qui ne nous met pas en confiance.

Parmi tous ces avantages, il faut savoir que l’éco-responsabilité est encore très jeune dans les pratiques du métier et que rares sont les professionnels à s’y intéresser de très près. Certains en ont fait leur mission, d’autres tâtonnent et d’autres encore ne veulent pas en parler. C’est donc important de tout de suite désamorcer le sujet en questionnant le professionnel pour comprendre quels sont son parti pris et sa sensibilité à ce propos.

Partie 3 : Aider pour créer des intérieurs à la fois durables et désirables

Si je souhaite rénover et/ou aménager mon bercail de manière durable…

Par quoi et par où commencer ?

Faire un état des lieux de tout ce qui peut être conservé, même modifié. C’est un peu l’équivalent du diagnostic des ressources des gros chantiers pro : une porte qui va arriver sur une nouvelle cloison, un buffet à repeindre, des WC à déposer puis reposer, un fauteuil à retapisser, etc.

C’est ce que l’on appelle le réemploi in situ : on réutilise ce qui existe déjà dans l’espace. Ainsi, on limite les déchets ET la liste de course : ça veut dire que notre budget global sera aussi moins divisé et qu’on pourra s’offrir des produits ou matériaux plus nobles, par exemple.

Quelles sont les questions essentielles à se poser avant de commencer un projet éco-responsable ?

La méthode BISOU peut être un bon point de départ 😉 L’idée est de se demander quels sont nos besoins réels. Cela permet de s’extirper de l’impact des tendances sur nos choix de consommation.

C’est important aussi de se questionner sur la vision du projet : est-ce pour les 5, 10, 30, 50 prochaines années ? Selon ses choix de vie, forcément, on ne mettra pas toujours le même budget dans ce qui va rester, à savoir les matériaux. Cela peut orienter sur nos critères budgétaires, s’il y a des concessions à faire.

Architecte d’intérieur les bonnes questions

On peut aussi se questionner sur son “pourquoi” : une rénovation éco-responsable dans quel but ? Pour ma santé et celle de ma famille ? Pour limiter les déchets ? Pour diminuer l’impact carbone ? … Tout le monde n’a pas les mêmes objectifs dans cette quête du mieux-faire !

Et bien sûr, de quel temps disposons-nous pour nous consacrer à ce projet ? Sommes-nous prêts à chiner tous les week-ends jusqu’à trouver les meubles qui vont bien dans le projet ? Où sommes-nous pressés d’emménager au plus vite ?

Quelles sont les bases à comprendre en aménagement intérieur pour se lancer ? Comment réduire son empreinte carbone en déco d’intérieur ? A quoi doit-on faire attention ?

Il faut comprendre qu’on peut vite se faire avoir avec la poussée du “marketing vert” et qu’il est prudent de poser les bonnes questions et de prendre le temps de se renseigner.

Aujourd’hui, bon nombre de marques grand public inventent leurs propres labels pour donner une image verdoyante à leurs produits. Or, une table en bois fabriquée en Chine dont le bois provient d’Amérique latine est certes une table en bois, mais qui aura un impact carbone lamentable.

Aussi, comprendre que le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas est très important : il vaut mieux, quand c’est possible, sourcer en seconde main, plutôt que d’acheter forcément du neuf. Un peu comme le slow travel, c’est désormais le chemin qui compte et non la destination : on retrouve plaisir à prendre le temps de bien faire les choses, et les propriétaires qui s’investissent dans leur projet sont au final très fiers du résultat tout en ayant pris du plaisir pendant la rénovation.

Comment trouver des marques réellement engagées et durables pour notre décoration ?

Il existe aujourd’hui des plateformes comme Très Eco Design qui répertorie des produits éco-conçus. Ces derniers sont passés au crible par tout un process qui permet de calculer leur éco-impact, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à l’emballage, en passant par le transport, les procédés de fabrication, etc. C’est ce que l’on appelle l’ACV (Analyse du Cycle de Vie).

Et j’ai bien dit produits ! Car même si certaines marques émergentes sont nées de la volonté de faire correctement les choses, il y a aussi beaucoup de marques plus installées qui commencent à se sentir obligées de prendre ce virage. La majeure partie de leurs collections ne rentre pas dans les bonnes notes de l’éco impact. Or, ils peuvent avoir quelques produits ou une gamme qui sort du lot. C’est donc d’abord un produit et non une marque dans son ensemble qu’il faut regarder.

En dehors de cela, c’est toujours intéressant de se tourner vers les artisans locaux, de voir comment ils travaillent et se sourcent en matières premières, ou encore une fois, vers la seconde main.

Dernière question, as-tu des outils que tu conseilles pour nous aider dans notre projet ?

La communication, sans aucun doute ! Rien de tel que de rentrer en contact avec les faiseurs pour questionner leurs process et comprendre leurs étiquettes 😉

Pour conclure

Tu l’auras compris, Coralie nous invite dans un premier temps à nous questionner et à adopter une approche réfléchie dans nos choix de décoration.

De mon côté, elle a levé les aprioris que je pouvais avoir sur le métier d’architecte et de décoratrice d’intérieur. Pour un projet d’éco-rénovation ou d’éco-construction, je peux faire appel à ce professionnel pour me guider, trouver des solutions adaptées à mes besoins de manière durable et surtout éviter le coût de l’erreur, à la fois fatal pour la planète et mon porte-monnaie.

Comme dans n’importe quelle relation, je retiens que la communication est reine. Il est important de questionner aussi l’archi ou le déco d’intérieur qui m’accompagnera pour réussir mon projet, tant dans ses engagements d’éco-responsabilité que sur sa façon de travailler.

Sources

Si tu veux suivre le travail de Coralie, tu peux la retrouver ici :
Site Internet : studiocoralievasseur.com 
Podcast : My Greenterior
Blog : ladecoresponsable.fr
Instagram : @ladecoresponsable
Instagram (compte pro) : @studiocoralievasseur

Frédérique Dussaillant

Frédérique Dussaillant